« Hélas ! que nous oublions vite…
J’y songeais hier en trouvant
Une petite lettre écrite
Lorsque je n’étais qu’une enfant.
Je lus jusqu’à la signature
Sans ressentir le moindre émoi,
Sans reconnaître l’écriture,
Et sans voir qu’elle était de moi.
En vain je voulus la relire,
Me rappeler, faire un effort…
J’ai pu penser cela, l’écrire,
Mais le souvenir en est mort !
Ô la pauvre naïve lettre,
Écrite encore si gauchement…
Mais j’y songe, c’était peut-être
Ma première, un événement !
Jadis à ma mère ravie
Je l’ai montrée en triomphant.
Est-il possible qu’on oublie
Sa première lettre d’enfant !
Et puis le temps vient où l’on aime,
Et l’on écrit… et puis un jour,
Un jour on l’oubliera de même,
Sa première lettre d’amour ! »
Et j’oublierai toutes celles-ci.
Il le faut.
Pour que le souvenir meure aussi avec elles.
Alors toutes ces lettres se tairont.
Non par oubli, mais par repos.
Et si un jour je retombe sur ces pages,
Peut-être ne saurai-je plus
Qui parlait en elles.
Peut-être dirai-je :
« J’ai pu penser cela, l’écrire… »
Alors je sourirai.
Comme on sourit à une ancienne voix,
Qui nous a portée,
Avant de se taire.